Emile Ducharlet

FRONT D'ORIENT
LE DRAME DE LA PROVENCE II
26 février 1916

Edition : Les Amis de La Lucarne Ovale

Chapitres : Le Transatlantique La Provence - Le croiseur auxiliaire La Provence II - La situation du Front d'orient en 1916 aux Dardanelles et Salonique. Le récit très détaillé du naufrage - Le 3° R.I.C. - Témoignages de survivants - Citations et décorations.

Ouvrage de 64 pages comportant plusieurs photos d'époque.

Parution inédite - dépôt légal : janvier 2016.

Prix : 5,00 € + port 2,90 €

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     Fleuron de la Compagnie Générale Transatlantique, le paquebot la Provence fit les beaux jours de sa compagnie de 1906 à 1914 sur la ligne express Le Havre-New-York, effectuant son trajet en moins de six jours. Réquisitionné au déclenchement de la Grande Guerre, et rebaptisé Provence II, le bâtiment, transformé en croiseur Auxiliaire est armé de onze canons dont cinq de très gros calibre.

      Affecté à la surveillance des côtes en Méditerranée, le navire abandonne cette mission début 1915 pour devenir transport de troupes chargé d’acheminer nos troupes vers le Front d’Orient. Lors de son septième voyage, parti de Toulon le 23 février 1916 à destination de Salonique, il se trouve le 26 février au sud du cap Matapan lorsqu’il est victime d'un torpillage sur son arrière venant du sous-marin allemand U-35.

      Malgré tous les efforts accomplis par l’équipage pour sauver le navire, la Provence II sombrera en dix-sept minutes, faisant plus de 900 victimes, 139 membres de l’équipage et 772 militaires presque tous du 3° Régiment d’infanterie coloniale.

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Récit du naufrage, extrait de l'Historique du 3e Régiment d’infanterie coloniale pendant la guerre 1914-1919,

(Rochefort-sur-Mer, Imprimerie Norbertine, 1920)

      « Il (le régiment) est transporté à Lyon où il cantonne, le 5 février, à Tassin-la-Demi-Lune. Il y reçoit l’ordre de se constituer sur le pied alpin à trois bataillons, deux compagnies de mitrailleuses, une C. H. R. Les opérations d’habillement, de renforcement et le changement de matériel durent jusqu’au 16.

     Le 20, les 1er et 2e bataillons et une compagnie de mitrailleuses s’embarquent en deux trains, à midi et à 14 heures, en gare de Lyon-Vaise, à destination de Toulon. Ces deux éléments, moins la 2e compagnie quittent Toulon à 14 heures, à bord du Burdigala, à destination de Salonique.

     Le 22, le 3e bataillon, la C. H. R. et la 1re compagnie de mitrailleuses s’embarquent pour Toulon. Ils quittent cette ville avec la 2e compagnie, le 23 février, à bord de la Provence II.
     Le détachement embarqué à bord du Burdigala débarque à Salonique, le 28, et est immédiatement dirigé sous une pluie battante vers le sud de la ville; le 1er bataillon bivouaque à la nouvelle Ecole d’Agriculture, le 2e bataillon à l’ancienne Ecole d’Agriculture.
     La Provence est coulée par une torpille, à 15 heures, le 26 février, à deux milles Sud-Sud-Ouest de Sapienza, dans la mer Ionienne. Le bâtiment a coulé en quinze minutes. Malgré le dévouement de tous, seuls 7 officiers et 500 hommes environ ont pu être sauvés. Les actes de courage furent nombreux au cours du sinistre : officiers et hommes rivalisent d’ardeur, de dévouement et d’abnégation en organisant le sauvetage. C’est le sergent-major Canier, Alfred, modèle de sang-froid qui prêche le calme autour de lui et qui, au moment de l’engloutissement, pousse comme ses aînés, les marins du Vengeur, le cri de «Vive la France!», répété par tous. Ce sont les soldats Laguet, Louis, et Raden, Alexis, qui se jettent, à trois reprises différentes, à la mer afin d’alléger et de permettre de vider l’embarcation pleine d’eau et qui menaçait de sombrer. Signalons le capitaine Doby, de la 2e compagnie, qui fait embarquer lui-même ses hommes dans les canots, refusant, à plusieurs reprises, la place qui lui était offerte et qui ne se jette à la mer, où il a trouvé la mort, qu’au dernier moment. Mentionnons le nom du lieutenant-colonel Duhalde, commandant le régiment, qui reste sur la passerelle aux côtés du commandant du bateau, qu’il n’a pas voulu quitter et qui est englouti avec lui. Le Drapeau du régiment, qui était à bord, dans la cabine du Lieutenant-Colonel, n’a pu être sauvé et a disparu dans les flots. Tous, officiers et soldats, ont le regret profond de cette perte. Le Drapeau était pour eux non seulement le souvenir de la Patrie qu’ils allaient défendre sur un nouveau front, mais la mémoire des hauts faits d’armes accomplis par les camarades disparus.
     Malgré le froid excessif, beaucoup continuent à lutter contre la mort autour de l’endroit où vient de disparaître à jamais le bateau. Nombreuses sont les embarcations, nombreux sont les hommes accrochés à des planches, à des poutres, à des balles de paille, qui luttent contre la mer, complice inconsciente qui achève le crime du pirate boche. La température s’abaisse et beaucoup de nos soldats, qui se croyaient sauvés, sont trahis par leurs forces et succombent, malgré l’inlassable dévouement de leurs compagnons d'infortune. C’est ainsi que, sur les 22 survivants qui étaient dans le canot de l’adjudant-chef Fradin, 16 meurent fous. A la nuit, le sous-marin ennemi, qui ne s’était pas éloigné du lieu du crime, vient éclairer, avec son projecteur, les quelques survivants qui continuent à lutter contre le destin; il disparaît sans leur porter secours.
      Ces rescapés sont recueillis dans la journée du lendemain 27; il y en a qui ne sont recueillis que le 28. Divisés en deux groupes qui sont dirigés : 200 environ sur Malte, sous le commandement du capitaine Berthomé; 300 sur Milo, puis sur Mytilène, sous le commandement du capitaine Marchal, ces rescapés rejoignent en trois détachements, le 14; le 21 mars (ceux de Mytilène) et, le 26 mars, ceux venant de Malte.»


provence