BERTHA GALERON DE CALONNE

Eléments de biographie - Extraits de l'avant-propos d'Emile Ducharlet pour la dernière réédition de son recueil "Dans ma nuit".

     Née à Paris le 15 juin 1859, Bertha Galeron de Calonne était une arrière petite fille de Charles Alexandre de Calonne, qui fut ministre de Louis XVI, contrôleur général des Finances en 1783 et dont le programme de réformes refusé par les privilégiés hâta la fin de l'Ancien Régime. Son père, Ernest de Calonne, agrégé de Lettres et membre de l'Université de Paris, était professeur au Lycée Saint-Louis et sa mère d'origine Suisse.
      Enfant heureuse et choyée par ses parents, Bertha vit très tôt le malheur fondre sur elle, lorsqu'en 1870, des suites d'une fièvre typhoïde, elle perdit la vue et devint sourde. Confiée à l'éducation spécialisée des soeurs de Saint-Vincent de Paul, bien entourée par celles-ci et ses parents, Bertha, jeune fille intelligente et volontaire, parvint à se créer un monde au-delà des ténèbres, auquel avait beaucoup contribué son apprentissage de la musique et de la poésie. Elle écrivit ses premiers poèmes vers l'âge de quinze ans.
     "Jeune fille gracieuse, grande, souple, élancée, blonde au teint de nacre" nous dit l'écrivain Charles le Goffic, elle épousa, à 26 ans, Monsieur Galeron, architecte réputé qui avait accepté sa condition. Cette union fut le début d'un grand amour partagé, dans lequel Bertha trouva la force et les raisons de composer sa vie et de résister lorsque le malheur, de nouveau, frappa à sa porte avec la mort de son premier enfant et la ruine accidentelle du mari; souffrances que viendra cependant adoucir les naissances de ses deux autres enfants Jeanne et Jean Galeron.
     Amenée, par les nécessités professionnelles de son mari à séjourner en Roumanie et en Espagne (où elle resta plus dix ans), Bertha s'y lia d'une grande amitié avec la Reine de Roumanie (ce dont témoigne une riche et poignante correspondance) puis avec Amélie de Portugal.
Rentrée en France durant la Grande Guerre, elle y retrouva son fils, blessé au front, dans un hôpital de Normandie. Après le décès de son mari, et son fils parti aux Amériques, c'est à Dangu, petite commune de l'Eure, que Bertha termina assez difficilement ses jours et s'éteignit en 1936. C'est également là qu'elle repose près de son cher et tendre époux .
     Excepté un drame en un acte et en vers "Ambroise Paré", joué au théâtre Maguerra en 1899, et des "Mémoires" inachevés, le recueil poétique "Dans ma Nuit" constitue la pièce maîtresse, l'oeuvre originale et unique de Bertha Galeron, "Message émouvant et personnel d'une vie extraordinaire" comme le souligne le Professeur René Galichet.
     Récompensé par un Prix de l'Académie Française, l'ouvrage parut pour la première fois en 1890 chez l'éditeur Lemerre. Réédité en 1897, il fit encore l'objet d'une troisième édition, revue et augmentée, en 1925. Ce sont les textes de cette dernière version, aujourd'hui introuvable, que nous vous proposons ici, dans leur intégralité.
     Accueilli avec enthousiasme par la critique de l'époque, «Dans ma Nuit » fit l'objet d'élogieux articles de Pierre Loti (avec qui Bertha échangea de nombreuses lettres après leur rencontre à la cour de Roumanie et les présentations de sa grande amie Elisabeth), François Coppée, Maxime du Camp, Julia Daudet, Francisque Sarcey, Stéphane Mallarmé ... Victor Hugo, quant à lui - à qui elle consacre le premier poème du recueil, en lui témoignant sa reconnaissance - attribuait à cette aveugle le qualificatif de "Grande Voyante" pour ces mille petites choses imperceptibles, cette hauteur de sentiments, refusés à d'autres et qu'elle dévoilait si bien.
     Dans cette oeuvre, éminemment personnelle et qui vibre d'une manière toute particulière par rapport à celle de ses contemporains du fait de la condition de son auteur, sourde et non voyante, vivant dans un quotidien de silence, le "Je" de la poésie s'exprime ici totalement et avec force lorsque Bertha nous parle de ses difficultés d'être, de ses objets et souvenirs familiers, des jours anciens revus avec nostalgie ou des temps qui s'annoncent et qu'elle essaie d'imaginer, à "L'âge des cheveux blancs".
     Aucun de ses poèmes ne fait abstraction des sentiments : sensibilité exacerbée, corde tendue de la douleur, de l'émotion, mais aussi troubles de la joie, délicatesse, élans du coeur, quand elle s'adresse à ses enfants, son époux, ses proches. L'image entière et sans réserve de la femme émane des vers de Bertha qui n'est pas sans me rappeler la grande poétesse de ce siècle que fut Marceline Desbordes-Valmore, tant il y a de similitudes dans les chocs existentiels, la découverte et l'apprentissage autodidactique de la poésie, le jeu émotionnel, voire passionné de leur style respectif
     Cette poésie ancienne qui, tout en se pliant aux règles prosodiques en vigueur à l'époque n'est pas une poésie d'école, doit bien entendu être replacée dans le contexte des modes et manières de cette fin de XIX" siècle. Certaines pièces, "Sous la neige", ''Derniers baisers", "La mourante", "Les valseurs", ''Les chanteurs de Sainte-Cécile" ... racontent une histoire, dans le style de ces complaintes que colportaient alors les chanteurs des rues. Elles sont aussi assez proches de
la chanson réaliste : je pense à ces célèbres "Roses blanches" qui ont tant fait pleurer nos mamans ou nos grands mamans. Bref, l'émotion est présente à chaque page de ce recueil qui ne saurait laisser le lecteur insensible, par son expression souvent triste mais jamais sans espoir.

Emile Ducharlet
Février 1996

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Bertha Galeron de Calonne

DANS MA NUIT

Avant-Propos d'Emile Ducharlet

Les Amis de la Lucarne Ovale


Ouvrage épuisé

Ce que l'on a dit du recueil "Dans ma nuit" après sa parution

« Victor Hugo, qui l'aimait et se plaisait à l'entendre, a fait d'elle, par l'imposition de ses mains, une voyante dans le monde des grandes pensées et de l'idéal. »

L'Indépendance roumaine -1890.

« C'est une histoire écrite avec le sang qu'on y lit, et il semble qu'on perçoive, dans chaque ligne, les palpitations de son coeur ... »
« Non seulement elle inspirera à ses lecteurs une infinie pitié, mais encore elle sera la cause d'une grande joie pour tous ceux qui croient à la puissance et au triomphe de l'âme sur la matière ... »

Carmen Sylva (Elisabeth de Roumanie),
Extraits de la préface de la première édition - 1890.

« Vous reployez au dedans de vous, par un privilège de noblesse exquis, le caractère de beauté que nous avons, nous, doués de regard extérieur, tant de peine à trouver: n'est-ce pas
voir, et suprêmement? »
« ... votre clavier est sûr et éternel et je le préfère tel pour un jeu de sentiments recueillis et situés au fond de vous-même. Je vous garde une gratitude, Madame, de m'avoir initié à un miracle, où seule devait vous aider la Poésie, qui est le sens inné de la divinité ... »

Stéphane Mallarmé
(Extrait d'une lettre de juin 1897)

« Il y a dans la poésie de Mme Galeron de Calonne comme un écho mélancolique de cette plainte souterraine de l'Hellène aux pieds légers; mais il ne fait que la traverser et l'impression qui demeure, le livre fermé, est celle d'une poésie très douce, un peu triste parfois, et cependant sans amertume, résignée et non découragée, cordiale même le plus souvent et, vers la fin, toute pleine de sérénité. »

Charles Le Goffic - Nov. 1924

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galichet

René Galichet

BERTHA GALERON DE CALONNE

Poétesse sourde et aveugle

(1859-1936)

Illustrations de Marceau Constantin

Prix : 5,00 € + port : 2,90 €

Il nous reste quelques exemplaires de cette biographie, écrite par René Galichet en 1994. Elle comporte également plusieurs photos de Bertha Galeron et documents d'époque : correspondances de Pierre Loti, Stéphane Mallarmé, Maxime du Camp, Jean Aicard, Elisabeth de Roumanie et quelques poèmes choisis...

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